La poste :
Non à la privatisation
Attac et le Parti communiste ont organisé devant les bureaux de poste de Chelles et de Vaires une consultation « pour » ou « contre » la privatisation de La Poste. Les « non » recueillent 99 % des votants.
4 mars 2009
Vous vous opposez à la privatisation de La Poste ? Pourquoi ?
Jean-Michel Dupont (Attac) : Avec la « libéralisation », en matière d’économie, il s’agit d’ouvrir à la concurrence une activité économique en situation de monopole. En principe, elle n’entraîne pas forcément la privatisation des entreprises publiques, mais la réalité montre qu’il en va tout autrement. Et c’est ce qui se passe pour la poste.
Pour tenter de justifier le changement de statut et l’ouverture du capital de La Poste, quelques experts autodésignés avancent des arguments bien connus : « Ce changement de statut nous est imposé par Bruxelles - il est inévitable ». En fait, l’Union européenne n’a aucune compétence en matière de régime de propriété. La privatisation est de compétence nationale.
« La privatisation s’accompagnera d’une délégation de service public qui permettra d’imposer, mieux qu’aujourd’hui, un cahier des charges pour remplir la mission. Il sera négocié localement ». En fait, la loi de régulation postale de mai 2005 a ouvert la porte à une dégradation sans précédent du service public postal. Le contrat de service public signé en juillet 2008 entre l’État et La Poste reprend les critères retenus dans cette loi. Pour compenser la perte de monopole, le gouvernement a pris des mesures d’économies qui ôteraient tout « handicap concurrentiel » à La Poste. Il faut que celle-ci se mesure aux autres entreprises du secteur ! Le cahier des charges qui prévoit la réduction des délais d’attente, par exemple, est une garantie bien limitée !
Si la porte est déjà ouverte, l’introduction de capitaux privés, même minoritaires, conduirait immédiatement à imposer de façon plus radicale la logique de rentabilité au détriment de la logique de service public.
Jean-Marc Ferrand (Pcf) : Depuis plusieurs années, les gouvernements préparent la privatisation de La Poste. Cette stratégie s’est déjà traduite par la privatisation du personnel (La Poste ne recrute que des contractuels non-fonctionnaires qui représentent aujourd’hui 43 % des effectifs) ; par la création de filiales regroupant les services rentables ; et par la restructuration des services. Cette soumission aux critères de productivité et de rentabilité a déjà entraîné une suppression massive d’emplois (60.000 sont programmées) et une dégradation du service postal rendu aux usagers.
Aujourd’hui, le gouvernement veut achever le processus par l’ouverture totale à la concurrence. L’ouverture du capital de La Poste, première étape de sa privatisation, est programmée pour le premier semestre 2009.
Entendez-vous poursuivre cette action ? L’étendre à d’autres services publics ?
Jean-Michel Dupont : Des initiatives sont organisées par les comités locaux d’Attac sur l’ensemble du territoire. Il s’agit d’informer les usagers et de continuer une mobilisation contre ce projet. Le comité local va continuer ces initiatives sur d’autres postes aux mois de mars, à commencer par celle de Noisiel. L’extension à l’ensemble des services publics n’est pas exclue, mais nécessite une coordination importante.
Jean-Marc Ferrand : Nous avons, avec les organisations syndicales, demandé une consultation nationale. Le gouvernement s’y opposant, nous l’organisons. Je tiens à préciser que si nous sommes contre la privatisation, nous ne sommes pas pour le statu quo. Ni les salariés, ni les usagers ne sont satisfaits de la gestion actuelle de La Poste. Mais la privatisation ne ferait qu’accroître les maux dont elle souffre. Car ses dysfonctionnements proviennent précisément de l’application de critères privés (profit, rentabilité, productivité…) à une entreprise publique ! Il s’agit donc de rénover le service public postal avec des critères d’efficacité sociale et économique, et d’en démocratiser la gestion en permettant aux usagers, aux salariés, aux élus locaux d’intervenir dans ses choix.
Cette action conjointe avec Attac peut constituer les prémisses d’une action plus large associant les syndicats, d’autres associations de défense des usagers, d’autres partis politiques, les citoyens. Et on peut penser que ce rassemblement pourrait s’élargir à la défense de l’ensemble des services publics, qui tous subissent une attaque libérale sans précédent.



